MotoGP | Morbidelli: “Zarco est à moitié un assassin”

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Hier, sur le Red Bull Ring, les pilotes venaient d’entamer leur neuvième tour quand une main charitable a eu la délicatesse de jouer avec les centimètres, transformant un potentiel drame en une cascade digne des plus grands James Bond: deux motos folles lancées à pleine vitesse face à deux pilotes presque à l’arrêt dans cet enfer du virage 3 autrichien, où des «avions» déboulent à plus de 300 km/h pour venir y virer à droite. C’est d’ailleurs autour de cette vitesse – « je pense qu’on était à 270 km/h» , avouera Zarco – que l’accident a pris corps, à 200 mètres en amont du virage. Johann Zarco poussait à fond sa Ducati, bien plus puissante que la Yamaha de Franco Morbidelli, pour doubler l’Italien en sortie du virage 2 et s’emparer de la huitième place.

Pensant être largement devant son adversaire, le Français se décalait quelque peu sur la droite pour entamer son freinage. Surpris, le pilote Petronas ne pouvait éviter sa roue arrière, et le percutait de plein fouet. Et alors que les deux hommes terminaient leur course dans les graviers, leurs deux bolides fonçaient vers le peloton en haut de la ligne droite. La Yamaha, tel un jouet désarticulé, effectuait plusieurs tonneaux, avant de couper ce fameux virage 3 et de passer par miracle entre Maverick Viñales et Valentino Rossi qui, même s’ils l’ avaient vue, n’ auraient évidemment rien pu faire pour l’ éviter.
La numéro 5 (celle de Zarco), en revanche, était restée sur ses deux roues, filant, comme pilotée par un fantôme, dans l’airbag de sécurité du même virage, le transperçant, avant de s’envoler et passer juste au-dessus des deux pilotes officiels Yamaha, doublement sauvés de l’ enfer en quelques dixièmes de seconde. Comme quelques heures avant et la terrible chute en Moto2 d’Hafizh Syahrin, la piste ressemblait alors à un champ de bataille avec deux carcasses de motos et des débris dans tous les sens. Dans les graviers – et alors que la course était neutralisée –, Zarco, très vite relevé, venait aux nouvelles d’un Morbidelli beaucoup plus secoué. L’Italien était évacué sur une civière pendant que le Français retournait à l’aide d’un scooter dans son stand.
À peine descendu des a moto, le septuple champion du monde effectuait un geste des bras comme pour remercier le ciel de l’avoir épargné. Mais une fois dans son stand, il tombait sur un écran de contrôle, lui imprimant bien en tête que sa vie venait vraiment de se jouer à quelques centimètres. «C’est sûr que je n’avais pas forcément envie d’y retourner, expliquait le pilote italien. Mais je crois que je n’avais pas le choix». Finalement cinquième, vingt tours plus tard, El Doctor se présentait devant les micros, encore groggy, bien décidé à passer unmessage. « Zarco a freiné dans la tête de Franco peut-être pour ne pas qu’il puisse le redépasser, lâchait-il. Mais il était trop près. À cette vitesse, Franco n’a pas eu le temps de freiner. Et à la fin, il y a eu beaucoup de risques, encore plus pour moi et Maverick. Cela aurait pu être un désastre.»
« Zarco est à moitié un assassin, accusait Morbidelli sur Sky Italia. Faire un freinage comme ça, c’est avoir vraiment peu d’amour pour soimême et pour ceux avec qui on court. » Perturbé par ces sorties médiatiques, le Français tentait de se justifier quelques minutes en tête à tête avec la légende italienne, avant de se présenter à son tour en conférence. «Ça m’a fait mal de les entendre en colère contre moi, expliquait- il, un pansement sur l’ avantbras gauche (il est brûlé également à la hanche et à la cuisse). Valentino a dit (à la télévision italienne) : “Si la moto me prend c’est fini”. J’avais besoin de parler avec lui pour calmer le jeu et expliquer que ce n’était pas une manoeuvre faite exprès. Je suis encore un peu sous le choc mais il y a vraiment eu plus de peur que de mal .» Un beau petit miracle.
Romain Donneaux, L’Equipe



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